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Un voyage itinérant estival et auvergnat

dimanche 31 août 2025, par Luc Passera, Dominique F Girardot

Un voyage itinérant estival et auvergnat

Fournels village auvergnat

Nous (Dominique et Luc) avons en commun un intérêt marqué pour les églises : nous nous lançons ensemble sur ce V.I. en Auvergne dont le parcours, tracé par Dominique, est parsemé d’églises romanes.
Dominique a pris sa tente et logera en camping (sans réservations : jouable quand on est seul(e), mais à Brioude (Vieille Brioude, en fait) ce sera moins une, le camping est bondé) ; quant à Luc, il a pris l’option confort et réservé hôtels et autres AirBnb.

J1 - Trajet Toulouse / Neussargues en train, puis balade autour de Neussargues : 35K +554

Après installation au camping de La Prade — Dominique en tente, Luc dans une « pigne » (petit hébergement en dur, très mignon et confortable) — premiers coups de pédale. Direction l’église Saint-Hilaire, premier bijou de l’art roman sur ce V.I. Quelques km de montée et, après un passage par une autre très belle église, nous roulons sur un plateau à plus de 1000 m d’altitude. Le soleil déclinant fait ressortir les reliefs de la vallée que l’on domine et au loin ceux des monts du Cézallier. Un petit moment de bonheur dans cette lumière dorée. Dans la descente nous longeons les carrières de diatomites, uniques en France — Luc a beaucoup à dire sur le sujet !
Un arrêt devant la chapelle Sainte-Reine et sa curieuse coupole qui coiffe le chœur, un autre devant l’église Saint-Jean-Baptiste. Il faut ensuite foncer vers Neussargues : nous savons que l’unique restaurant du village ne nous accueillera pas après 19h30. L’histoire finit bien, nous arrivons juste à temps.

J2 - Neussargues / Brioude : 75 K +830

Notre démarrons en remontant gentiment l’Allanche. Arrêt devant la chapelle Sainte-Anastasie. Elle a belle allure avec son clocher-peigne mais elle est fermée pour travaux. L’extérieur laisse cependant apparaître une rareté : la trace d’une « litre » ou « ceinture funèbre ». Ce rite funéraire était un privilège seigneurial : à la mort du seigneur patron de l’église ou du seigneur du lieu, une bande noire était apposée sur les murs intérieurs ou, plus rarement, extérieurs, d’une église. Ici elle a été peinte sur un mur extérieur et elle est repérable au badigeon blanc dont on l’a recouverte après le temps du deuil.
À Allanche, c’est jour de marché. Nous achetons un excellent pâté en croûte pour le piquenique et prenons un café devant une énorme vache en pierre volcanique. Elle célèbre la race « salers » et la fête annuelle de l’estive. Nous visitons l’église Saint-Jean-Baptiste qui abrite une magnifique Pietà du XVe siècle. Entre les colonnes torses de l’autel en bois doré du XVIIe siècle, surgissent les têtes sculptées de différents saints ou évêques.
La route monte sérieusement dès la sortie de la ville. Il faut atteindre le col du buron de Baladour à 1207 m d’altitude qui marque l’entrée sur le plateau du Cézallier. C’est un paysage de prairies bien grasses. Le ciel est variable et la température fraiche, avec un vent d’ouest qui nous accompagnera toute la semaine.
La D21 plonge à présent sur Massiac. A 500 m d’altitude, il fait plus chaud. Nous admirons la chapelle Sainte-Madeleine qui domine la ville, perchée sur son piton basaltique… mais les 2 km de rude montée qui nous en séparent nous dissuadent d’aller y voir de plus près. II nous suffira de visiter l’église Saint-André dans le village et sa merveilleuse Vierge en Majesté. On l’appelle aussi la Vierge Noire. Protégée par une grille elle est typique de l’art roman auvergnat. C’est magnifique.

Vierge « en majesté » à Massiac
Chapelle à Massiac

On suit maintenant une nouvelle rivière, l’Allagnon, jusqu’à Grenier-Mongon. Une fois passée sous l’autoroute, la D688 joue à saute-mouton. Les courbes de niveau ne sont pas très serrées mais elles sont affrontées perpendiculairement : montées et descentes à 8 ou 9% alternent.
Nous approchons de Brioude lorsque Luc se rend compte qu’il a crevé de la roue arrière. Panique car il se sait incapable de réparer — il y a ce foutu moteur et son câble ! Il remet un peu d’air dans la chambre, et… coup de chance : à l’entrée de Brioude, il hèle deux cyclos qui l’escortent chez leur vélociste, où il sera « traité » en priorité — pendant ce temps, Dominique se dépêche d’aller visiter la basilique avant de refaire un petit bout de route pour s’installer au camping. Et re-coup de bol pour Luc : non seulement il trouvera encore la basilique ouverte, mais il aura même droit à une visite guidée privée !

J3 - Brioude / Saint-Flour : 71 K +1210

Cap au sud, le long de l’Allier. Luc retrouve Dominique à Vieille-Brioude, où elle a campé. Nous quittons la Haute-Loire pour retrouver le Cantal et l’Aubrac. La D16 suit bien le lit de la rivière, mais pas ses berges. Ça monte et ça descend. Pas très longuement mais répétitivement.
A Villeneuve-d’Allier on traverse pour suivre et remonter la rive gauche. La route, devenue D585, longe encore l’Allier jusqu’à Lavoûte-Chilhac. Un peu après, on s’engouffre dans l’étroite vallée de la Cronce, un affluent de l’Allier. Ça commence à monter sérieusement et longuement. Une jolie croix en fer forgé marque le sommet de cette longue ascension.

La croix de Cronce

De 450 m nous sommes passés à 700 m. Une descente et une montée encore, et nous voici à Chastel, à 900 m d’altitude. Il est 13 heures ; c’est le moment de piqueniquer, sous un magnifique tilleul. Un petit tour à la chapelle, assez banale, et nous prenons un café au restaurant du village où les ouvriers du coin semblent avoir leur rond de serviette.
Trois ou quatre km à flanc de montagne puis une dernière montée nous fait passer au-dessus de 1100 m.

Corniche et vallée de la Cronce

C’est fini pour les montées…enfin presque. La route plonge dans la cuvette de Saint-Flour nous faisant perdre 300 m de dénivelé en quelques km. Très vite on voit les deux tours de la cathédrale… et on comprend que la ville ancienne est perchée très au-dessus des faubourgs de la ville basse. Il faudra donc grimper encore !
C’est en accédant à la place d’Armes que l’on découvre la masse énorme et sombre de la cathédrale, flanquée d’un hôtel de ville tout aussi noir puisque construit en lourdes pierres volcaniques. A l’intérieur, le regard est immédiatement happé par le Christ noir. Impossible de rester insensible devant la spiritualité qui émane de ce chef d’œuvre de l’art auvergnat du XIIe/XIIIe siècle. On plonge aussi en plein XXIe siècle devant une colombe eucharistique et un agneau pascal très épurés et pleins de douceur qui ornent l’autel central. Ces réalisations de l’artiste géorgien Goudji cohabitent très bien avec une Vierge médiévale à l’attitude hiératique un brin sévère. En sortant on passe devant une fresque du XVe siècle illustrant le purgatoire. Attention à ne pas tomber entre les crocs du monstre de droite représentant l’enfer !

J4 - Saint-Flour / Mont Mouchet / Saint-Chély-d’Apcher : 70 K +1250

Le départ est fixé à la gare, un lieu de rendez-vous facile à identifier. Il fait toujours aussi frais en ce dernier jour de juillet. D’autant plus frais que les premiers kilomètres empruntent une route à l’ombre et encaissée le long de l’Ader. Brusquement c’est virage à gauche et sans avertissement une côte très raide. Luc, occupé à zigzaguer sans tomber, moteur puissance 2, n’a pas le temps de regarder son compteur. Dominique finit par mettre pied à terre et annonce du 13%. Heureusement ce mauvais passage ne dure qu’environ 2 km. Il nous permet d’accéder au plateau de la Margeride. Il y a un peu de soleil, le paysage est agréable et la route pas trop montueuse pour atteindre Ruynes-en-Margeride. La D4 monte ensuite régulièrement à 3 ou 4% pendant une vingtaine de kilomètres pour atteindre le Mont Mouchet.

Halte dans la montée du Mont Mouchet

Ce haut-lieu de la Résistance est un but majeur de notre voyage. Dominique parce que son grand-père a accompli une partie de son activité de résistant FTP en Auvergne ; Luc pour raviver les souvenirs de son premier V.I., vieux de presque 70 ans. Au fur et à mesure de la progression, la forêt de conifères se rapproche tandis que le plateau de la Margeride s’évanouit en s’éloignant. Nous entrons dans le périmètre des combats qui ont opposé Résistants et troupes allemandes autour du 10 juin 1944. Un long arrêt à Clavières, village martyr, pour identifier les diverses plaques et monuments qui rappellent la tragédie. La route continue à monter, jalonnée de stèles commémoratives. Le paysage paisible et serein qui nous enveloppe contraste violemment avec les abominations qui s’y produisirent il y a 80 ans.
La route monte toujours, dans la forêt. Allure tranquille qui permet à Dominique de voir des myrtilliers ! Rien pour accoter le vélo, c’est donc une main sur le guidon et l’autre fouillant dans le buisson qu’elle cueille les délicieuses baies bleues. Un peu plus loin, il y a aussi des framboisiers ! Tout ceci explique que l’on débouche assez tardivement dans la prairie sommitale qui abrite le Monument National au Maquis.

Le monument du Mont Mouchet

Plongés dans nos pensées, nous cherchons une place pour piqueniquer. Très peu de monde dans ce lieu chargé d’histoire. Trois ou quatre familles de randonneurs déjeunent au soleil, car à 1200 m d’altitude l’air est frais.
La route qui s’éloigne du monument semble une allée rectiligne s’enfonçant entre deux rangées de sapins. La perspective est saisissante. Mais elle est aussi bordée de myrtilliers, comme des buis bien taillés encadreraient l’allée sans fin d’un parc. Le dessert est à portée de main ! Au bout de cette longue ligne droite insolite se trouve le Portus d’Auzenc. A 1369 m il marque la frontière entre Cantal et Lozère. Il marque aussi le début d’une longue descente magnifique. Elle n’est pas trop rapide et autorise de longs coups d’œil sur les monts de la Margeride.
Cette descente se termine à Malzieu-Ville, un des « plus beaux villages de France » qui a joué un rôle dans la capture de la « bête du Gévaudan ». On s’arrête quelques minutes dans ce village médiéval, intrigués par le nombre de portes construites à l’identique avec un fronton entrecoupé.
Il ne reste qu’une dizaine de km à franchir pour terminer l’étape du jour en atteignant Saint-Chély d’Apcher..

J5 - Saint-Chély-d’Apcher / Argences-en-Aubrac : 68 K +1050

Toujours du vent d’ouest… et notre route se dirige plein ouest. La fatigue se fait sentir et nous décidons de délaisser la D65 du parcours pour une D989 qui semble plus paisible. Paisible… jusqu’à l’entrée de Fournels, où Luc éclate le pneu avant. Nous gagnons à pied la place de la mairie pour réparer. Surprise ! Le pneu ne présente aucune déchirure. On le laisse donc en place, tout en prenant la précaution de changer la chambre à air. Après avoir plaisanté avec deux boulistes qui passaient par là, se chamaillant gentiment sur nécessité ou pas d’accorder une avance de trois points aux féminines, nous nous requinquons avec un café avant de reprendre la route, confiants.
Mais 1 km plus loin, Luc sent que le pneu se dégonfle. Nouvel arrêt. L’endroit n’est pas idéal : accotement herbeux limité et en plein soleil. Cette fois une inspection du pneu révèle une petite déchirure tout près d’une tringle. Un pneu neuf est mis en place, et vogue la galère !

La galère d’une crevaison

Nous traversons les immenses plateaux de l’Aubrac avec ses pâturages clôturés parfois avec des piquets en granit — quel travail ! Au gré de montées et descentes, on navigue entre 900 et 1000 m d’altitude. Ce n’est qu’à l’approche de Chaudes-Aigues que la route descend brusquement. En quelques kilomètres on perd 300 m de dénivelé et on quitte la Lozère pour retrouver le Cantal.
Chaudes-Aigues est animée en ce début d’après-midi. Nous piqueniquons (enfin !) bien au frais, autorisés par un charmant monsieur à utiliser le banc ombragé devant sa maison. Ensuite, puisque Chaudes-Aigues est au fond de la vallée, il faut monter pour retrouver le plateau de l’Aubrac. Tout à gauche donc et au soleil nous remontons lentement. Après trois bons kilomètres à 6% nous retrouvons la bonne altitude : entre 900 et 1000 m. C’est de nouveau l’Aubrac pendant une dizaine de kilomètres et ses troupeaux de vaches dont la couleur de la robe varie d’une ferme à l’autre. Quelques problèmes d’orientation sur D11 déserte, puis on amorce la descente vers la Truyère. La route suit la rivière mais déception : les arbres cachent l’immense retenue du barrage de Sarrans. Il faut atteindre le pont de Tréboul pour apercevoir l’eau.
Openrunner nous prévient : les kilomètres qui sont devant nous seront difficiles, avec du 8 et même du 12%. Mais la route est à l’ombre et déserte. On peut zigzaguer à son aise. Sortis des gorges de la Truyère on accède enfin au plateau où l’on retrouve l’altitude des immenses prairies : 950 m. Luc remarque alors que son pneu avant n’est pas très rebondi : la rustine posée le matin fuit. Quelques coups de pompe seront cependant suffisants pour parvenir à l’étape.
Après toutes ces péripéties mécaniques, à l’arrivée à Argences-en-Aubrac la journée est bien avancée : chacun rejoint au plus vite son hébergement, rendez-vous au village pour dîner ensuite.
Il fait nuit quand on quitte le restaurant. Dominique est venue à pied du camping voisin. Luc n’est pas très loin mais se perd assez longuement avant de rejoindre son AirBnb. Et la soirée n’est pas finie : il décide de s’atteler encore à la réparation de la chambre à air ; tâche qui l’occupera, sous la lumière blafarde d’un néon suspendu trop haut, jusqu’à minuit.

J6 - Argences-en-Aubrac / Aurillac : 65 K +760

L’optimisme du soir est vite douché : le pneu avant est à plat. Conseil de guerre : plus de chambre de rechange, trop de risque à poser une rustine sur une longue déchirure et bien sûr pas de vélociste dans cette petite ville. Reste à appeler la compagnie d’assurance pour demander un transport jusqu’au train du retour, à Aurillac. Deuxième douche froide : Luc apprend qu’il n’est pas assuré pour ce type d’incident. Au café du village, on nous indique un vélociste à Mur-de-Barrez, à 20 km d’ici. Nous voici en bord de route, pouce levé — une découverte pour Luc ! Miracle, la première voiture qui passe s’arrête. Second miracle, son conducteur n’est autre que le conjoint d’Aline, la logeuse du AirBnb ! Avec une immense gentillesse, il embarque Luc et son vélo. Dominique prend la route à vélo.
Quelques affres encore ne sont pas épargnés à Luc, lorsqu’arrivé chez le vélociste, il le voit retourner son atelier à la recherche d’une chambre en 650. Les minutes passent tandis que M. Rieu fouille dans ses boîtes. Le cœur de Luc bat la chamade. Enfin la voici, extirpée, toute poussiéreuse, du fond d’un casier.
La réparation effectuée, le vélociste s’inquiète pour Dominique et propose d’aller à sa rencontre avec son combi. Ah, si Luc avait consulté son téléphone ! Il aurait pu épargner ce déplacement inutile à son sauveur : Dominique, qui avait envoyé sa géolocalisation par Whattsapp, était presque à bon port.
Après des remerciements chaleureux, nous quittons Mur-de-Barez. Il est presque 13 heures, mais Aurillac et sa gare ne sont qu’à 32 km. Le train part à 16h49. On peut prendre le temps d’un piquenique suivi du café de rigueur. La partie est jouable, d’autant plus que le vent a faibli. Il fait grand soleil, le plus beau ciel depuis le départ.
Nous sommes toujours dans un Aubrac montueux où montées et descentes alternent. Jamais très longues, jamais très raides mais usantes. Luc n’économise pas son moteur ni Dominique ses jambes, si bien qu’Aurillac est atteinte avec un peu d’avance : on va pouvoir visiter Notre-Dame-aux-Neiges. La Vierge noire, dans sa robe dorée, avec la couronne étincelante qui la coiffe, est une vraie reine. Elle tient fermement de ses mains ouvertes l’enfant Jésus sur ses genoux. Lui aussi est richement paré. Ce sera notre dernière œuvre d’art de ce V.I. en Auvergne romane.
Il nous reste quelques minutes pour emporter un souvenir : ce sera du fromage de Cantal, au lait cru bien sûr. Dernière avanie : Luc oubliera son morceau de fromage dans le train du retour.
Résumons : Voyage itinérant à travers Cantal, Lozère et Haute-Loire. Temps agréable, sans pluie mais plutôt frais. Des paysages magnifiques, des églises émouvantes, des moments de spiritualité, des lieux de mémoire. Beaucoup d’incidents mécaniques aussi, mais qui ont été surmontés avec une belle entente. Un très beau voyage.

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