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Tout autour de la France à bicyclette (7)
lundi 13 juillet 2026, par
15 mai - 28 juin 1995
3 juin Bréhal - Réville 138 km 850 m
Cette fois, je l’ai eue, cette journée de pluie, depuis le matin jusqu’au soir. Parti de Bréhal de très bonne heure sous un petit crachin qui me paraissait seulement convivial, il m’a fallu déchanter après la traversée de Coutances. Trouvant un abri sous un marché couvert, je ressors mon attirail de pluie, ma ‘grenouille’. J’aurai d’ailleurs quelques observations à faire aux fabricants. Une veste ‘goretex’, c’est magnifique, mais pourquoi ne pas assurer une fermeture vraiment hermétique au niveau du cou ? Les sacoches ‘charpak’ seraient, elles aussi, parfaites si le verrouillage de la fermeture éclair était mieux protégé. L’eau, c’est bien connu, a la fâcheuse manie de débusquer la moindre ouverture. On a beau lui laisser son territoire, elle en veut toujours plus. Quand sa progression est empêchée, elle s’infiltre, dit-on, par capillarité. Et ça finit par vous remonter le long des bras et des jambes, juste pour embêter le monde. Le résultat, c’est que, au bout de 130 km de ce régime, j’étais quasiment trempé de haut en bas et inversement. De ce fait, mon projet de prolonger l’étape jusqu’à Carentan est tombé à l’eau ! Comme, par chance, l’une de mes soeurs se trouvait à Réville, il ne m’en fallait pas davantage pour arrêter là ma course du jour. Une soirée supplémentaire avec Maguy et Eric et leur fille Magali n’était évidemment pas pour me déplaire. Paierai-je demain le prix fort pour cette faiblesse d’un jour ? Je me dis que demain prendra soin de lui-même et je me laisse aller à la douceur d’une soirée bien au chaud.
L’intensité de la pluie m’a sans doute empêché de regarder le paysage comme je l’aurais voulu. Je reste cependant fidèle à mon programme qui me conduisait plein nord, par Périers et Valognes, jusqu’au Cap Lévy, à l’est de Cherbourg. La route ondule sans cesse dans une campagne verdoyante, mais tout effort est bienvenu car il me réchauffe un peu. A lire les noms des villes et des villages je vois bien que je ne suis plus en Bretagne. Finis les Plou—, les Gui—, les Ker—, remplacés par les toponymes en —ville : Doville, Biniville, Cosqueville, Gattevillle... A Fermanville je retrouve la Manche et suis la route de côte jusqu’à Gatteville et le phare de Barfleur. C’est aujourd’hui samedi, mais rares sont les promeneurs, et plus rares encore les cyclistes. Pour beaucoup ce week-end sera un week-end télé ! Pas pour moi, et je ne m’en plains pas.
En consultant la carte, je constate que mon programme du jour est un peu maso. En effet, je passe aujourd’hui à St Jores, distant de 14 km seulement de Carentan plus à l’est, ville que je ne passerai que demain après 130 km ! C’est cela la France. Le Français est peut-être cartésien, mais la géographie de la France, elle, est on ne peut plus fantaisiste. C’est sans doute là son charme. Même la carte de France est belle et cette tête de chat qu’est le Cotentin ajoute à son harmonie, avec une pointe d’espièglerie.
4 juin Réville - Cabourg 167 km
Au lever, grâce à Maguy, tous mes habits sont propres et secs. J’espère qu’ils le resteront. Le ciel est encore menaçant ce matin, mais cette fois je prends mes précautions et vérifie soigneusement toutes mes fermetures. Avant de partir je prends la photo rituelle de mes hôtes. En ce dimanche matin de Pentecôte les routes sont désertes. Je passe très lentement le port de St Vaast-La-Hougue et je redescends la côte est du Cotentin. Jusqu’à Carentan le vent est contraire, mais je roule avec plaisir. Dans cette région de Normandie je suis frappé par la beauté classique des murs de clôture et des vieilles demeures. C’est tout droit, sans défauts, austère sans doute mais d’une harmonie étonnante. Les églises aussi retiennent l’attention avec leurs clochers plantés à la croisée du transept.
La fête de la Pentecôte est pour moi l’une des plus belles du christianisme : la rencontre de toutes les langues, races et cultures, l’Esprit ouvert à tous, l’ouverture de tous les esprits. Nos vieilles sociétés ankylosées dans leurs corporatismes et leurs ostracismes auraient grand besoin d’un nouveau bain de Pentecôte. C’est une sujet de méditation qui animera ma journée comme une lame de fond.
Sur ces côtes normandes je suis les événements de juin 44. L’exploitation touristique de ces hauts lieux de la seconde guerre mondiale me paraît assez indécente et j’accepte mal de voir tourner en cinéma ce qui a surtout été la souffrance de tant de jeunes, de tant de familles. Les inscriptions et monuments commémoratifs jalonnent mon parcours. Je préfère l’austérité des formules américaines (« tué au combat ») à l’enflure ambiguë des clichés français (« mort au champ d’honneur »). J’admire ces garçons de 20 ans qui ont accepté de mourir pour que vive la liberté, mais la guerre n’en reste pas moins une horreur. A la Pointe du Hoc, lieu d’un exploit aussi extraordinaire qu’inutile (les canons allemands s’étant tus avant même l’arrivée des Américains), je vois des dizaines de touristes qui ‘s’amusent’ à se promener dans les casemates et à s’y faire photographier. J’aurais aimé qu’un Georges Brassens ou un Jacques Brel vienne les houspiller, les choquer, les scandaliser, les dégoûter de la guerre. La guerre, en effet, est ici sacralisée sous le couvert de commémorer ceux qui y ont laissé leur vie. Contre le nazisme il fallait se battre. Ces hommes n’ont pas hésité. A nous maintenant de tuer les racines toujours renaissantes de la ‘peste brune’.
Tous les noms de la côte normande de la Manche et du Calvados résonnent comme des trompettes : Utah Beach, Omaha Beach, Ouistreham... Même Arromanches, aux consonances pourtant très françaises et très pacifiques, évoque désormais davantage un porte-avions qu’un paisible village de la campagne normande.
Je suis ici en pays inconnu. Traversant Ouistreham sous la pluie et contournant l’estuaire de l’Orne, je suis surpris par l’importance de cet estuaire pour une si petite rivière. Ma course s’achève à Cabourg que je trouve inondé de soleil et de promeneurs. Les visiteurs sont venus nombreux, me dit-on, pour l’inauguration du nouveau casino. Avant d’aller me promener sur le front de mer je me préoccupe de trouver une chambre. Un hôtel, deux hôtels, trois hôtels..., tout est pris. Je tourne un long moment dans la ville en additionnant les kilomètres. Finalement, je déniche -c’est le mot qui convient - une chambre de bonne dans un hôtel ‘modeste’ (euphémisme !).
5 juin Cabourg - St Valéry-en-Caux 139 km 1000 m
La journée s’annonçait facile. Je l’imaginais plate, ensoleillée bien sûr, avec un superbe Pont de Normandie, un joli café à la sortie du pont, et une promenade de santé le long des falaises jusqu’à St Valéry en Caux, le tout sur une distance très raisonnable... Ce fut très beau, spectaculaire même, mais dur. Pour trois raisons : le Pont de Normandie, la traversée du Havre et l’alimentation.
De Cabourg au Pont de Normandie la route est très accidentée avec des pourcentages de 10 à 15%. Ce magnifique Pays d’Auge est fait pour les voitures, pas pour les vélos, surtout avec des bagages. Il ne pleut pas, mais le ciel n’est pas très engageant et le vent du Nord-Ouest souffle encore très fort. Les vieilles bâtisses normandes sont belles dans cette région que l’agriculture et le tourisme ont visiblement bien enrichie. Les troupeaux de vaches succèdent aux troupeaux de vaches aux pis incroyablement rebondis. J’étais habitué à voir des vaches se reposant dignement, la tête relevée et les pattes décemment croisées. Je les vois ici vautrées de tout leur long, totalement ‘avachies’, la tête à même le sol et les pattes allongées, sans aucune retenue en somme. Est-ce un effet génétique de la sélection à la recherche de VHP , ‘Vaches à Haute Productivité’ ?
A Houlgate je vois dormir les mouettes et les photographie dans leur sommeil. Je roule avec délectation sur la plage, déserte à cette heure, de Deauville. Les cabines de bain portent les noms de nombreux artistes de cinéma. Tout sent ‘la belle époque’ sur cette plage désuète bordée, derrière une immense pelouse verte, de beaux immeubles à colombages. Des promeneurs à cheval complètent le tableau.
Le Pont de Normandie ! Quand je l’aperçois, il est encore à une dizaine de kilomètres. L’approche me paraît longue et plus j’avance plus je me sens petit ! J’y arrive enfin. Le pont est d’une pureté sublime mais il me semble finalement moins impressionnant que le Pont de St Nazaire. C’est dû sans doute à sa forme rectiligne, alors que le Pont de St Nazaire fait une immense courbe. Je vais traverser le troisième grand fleuve de notre pays : la Seine. Le passage du pont se fait sans difficulté malgré le vent qui souffle de travers. Une piste cyclable, matérialisée par une ligne continue, m’isole des voitures, pas encore très nombreuses ce matin. Je suis surpris par la faible hauteur des rambardes du pont, véritable incitation au saut de l’ange. Les cyclistes sont nombreux sur le pont et je me sens en famille. De l’autre côté, pas de café. Je cherche en vain la route qui me mènerait directement à Etretat. La route sur laquelle s’engagent toutes les voitures est interdite aux vélos. Un cycliste de la région m’explique que je n’ai d’autre solution que de prendre la vieille route qui conduit au port du Havre. Remonter le port sud du Havre sur une quinzaine de kilomètres, sous la pluie, en luttant contre le vent, sur une voie toute droite, un lundi de Pentecôte, est une expérience qui n’a rien de romantique.
Je finis par en sortir, mais je n’ai pas chaud et je commence à avoir faim. Le pauvre sandwich avalé à Honfleur ne me tiendra pas longtemps. Ayant déjà mangé plus de kilomètres que prévu, je décide de rejoindre directement Fécamp et de laisser Etretat pour une autre visite. Je commence à ressentir le sommeil hypoglycémique. Mes barres de céréales disparaissent les unes après les autres, brûlant comme des allumettes.
Fécamp est une ville et un port bien calme. Son ‘Palais Bénédictine’ est très pittoresque mais d’un goût que je trouve douteux. Dans cette ville qui me semble déserte je trouve enfin un café ouvert et très accueillant. Je dévore une omelette et un énorme sandwich tout en discutant avec le serveur qui, n’ayant pas beaucoup de clients, s’amuse à me détailler toutes les difficultés qui m’attendent.
La route de côte qui, par St Pierre-en-Port et Veulettes-sur-Mer, me conduit à St Valéry-en-Caux est une splendeur. Sur ce plateau coupé de failles brutales - les ‘valleuses’ - et bordé de falaises, les prés sont plus verts, les vaches plus bovines, les demeures plus demeurées que nature... Les châteaux pullulent, il n’y a qu’à se pencher pour en cueillir. Les hêtres, ici, sont maîtres et accompagnent partout la marche et le regard du promeneur. Serrés en longues rangées parfaitement régulières, s’élevant tout droits et sans défaut, ils montent la garde à l’entrée de toutes les propriétés de quelque importance. Donnant au pays une allure de noblesse, ils expriment également, je n’en doute pas, un profond souci de paraître. J’avoue leur préférer le chêne, très présent aussi dans la région, qui reste pour moi le roi de la forêt. Le chêne, à la différence du hêtre, n’est pas seulement un fût, c’est un arbre complet, avec des jeux de branches qui occupent l’espace et lui donnent l’aspect d’un village ne demandant qu’à être habité. Ce Pays de Caux, que je ne connaissais pas, me ravit. St Valéry est une merveille de petit port nonchalamment actif. Je le découvre sous le soleil enfin revenu. Difficile d’imaginer meilleure escale pour jeter l’ancre. Je la jette justement ce soir à l’hôtel de la Marine.
6 juin St Valéry-en-Caux - Le Touquet 142 km
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. J’ai 20 ans... et je me sens des jambes toutes neuves. Contournant les quais du petit port à la recherche d’un café, je respire à pleins poumons les odeurs de la mer dans la fraîcheur du matin. Dans la côte qui m’entraîne hors de la ‘valleuse’ vers le plateau, je m’arrête pour faire provision d’eau. Un couple très obligeant me presse d’emporter une grande bouteille d’eau minérale. Je me contente de remplir mon grand bidon. Je monte allègrement, heureux à la perspective de découvrir encore aujourd’hui un pays que je ne connais pas.
Une fois sur le plateau, je ne le quitte plus jusqu’à Dieppe. Immense, le plateau est un tapis de blé, de pâturages, de champs de pois à perte de vue. Pas l’ombre d’une maison à l’horizon. Quel contraste avec les campagnes bretonnes et les bocages de Basse Normandie où les champs s’agglutinent autour de hameaux rappelant toujours que l’homme est là, tout près. Ici, rien de tel, les champs sont tout seuls, travaillés par personne, appartenant à tout le monde.
La plongée sur Dieppe me rappelle un certain jour de juillet 1951. C’est d’ici, en effet, que je suis parti avec Eric, ami devenu ensuite beau-frère, pour une équipée cycliste en Angleterre. Ce fut un beau voyage avec un pauvre vélo dont le dérailleur et le pédalier me causèrent bien du souci. Nous étions si jeunes... Curieusement, je me sens à peine moins jeune aujourd’hui. Mon plaisir de voyager est resté le même.
J’aurais aimé flâner plus longuement à Dieppe dont les rues et le port paraissent très actifs. Les chalutiers, amarrés à quai, viennent de débarquer leur pêche et de loin je sens le poisson. Avec ses maisons de brique sombre, Dieppe annonce déjà le nord. Toute la ville semble descendue dans la rue et l’atmosphère est très gaie. J’y resterais bien quelques heures. Mais un regard sur la carte suffit à m’éperonner. La distance me semble encore très longue jusqu’au Touquet, bien plus au nord, et il y a de grands estuaires à franchir - le Bresle, la Somme, l’Authie - qui rallongent encore la route. Si j’avais à refaire ce trajet, je le ferais d’ailleurs encore plus long pour éviter la D 925 de Dieppe à Eu et la D940 de Eu au Touquet tant elles sont envahies par la circulation automobile. Les camions, parfois, me font peur. Il serait tout de même trop bête de mourir sur la route le jour de mon anniversaire !
Ma pédale, dont j’ai cassé le talon à Cabourg, a l’air de vouloir tenir. Je m’arrête tout de même chez un vélociste de Rue, au nord de St Valéry-sur-Somme. Mon problème ne l’intéresse pas. Son métier est des vendre des VTT, point final . Au-revoir, Monsieur, à la bonne vôtre ! Je garde donc ma pédale blessée.
Le Touquet, c’est le 16ème à la plage. Parcs superbes, grands hôtels, avenues forestières pour voitures, allées pour chevaux, pistes pour vélos, sentiers pour piétons, il ne manque rien. Je finis par découvrir un ‘centre ville’ et une chambre pour la nuit. Me promettant de bien célébrer mon anniversaire par un repas sortant de l’ordinaire, je cherche le restaurant idéal. Mais tous les restaurants sont presque vides de clients et je me vois mal dîner seul dans un établissement déserté avec deux serveurs derrière le dos. J’échoue finalement dans une brasserie et m’en trouve fort aise.
7 juin Le Touquet - De Panne (Belgique) 150 km
Mon hôtelier me sert, avec le petit déjeuner, la météo du jour : il va pleuvoir. Merci, cher Monsieur ! Je l’écoute d’une oreille distraite, n’ayant qu’une confiance relative dans les prévisions météo. De fait, la journée commence plutôt bien. La petite randonnée du Touquet à Etaples est une promenade. Le parc, dans la fraîcheur du matin, me semble encore plus beau qu’hier soir. Je profite ensuite d’une longue piste cyclable jusqu’à Neufchâtel-Hardelot et c’est par une longue descente que j’atteins Boulogne. La ville me surprend par ses rues pentues qui mènent à la vieille ville, sa citadelle et son enceinte fortifiée. Je vais rêvasser quelque temps sur les quais du port où entre à ce moment un ferry en provenance d’Angleterre. Je m’engage ensuite sur la route côtière qui mène à Calais. Le vent du S.-O. est favorable, mais la pluie s’est mise à tomber, fine et drue. De toute évidence, il ne s’agit pas d’une averse. J’enfile ma ‘grenouille’. Bien m’en prend car la bruine se transforme rapidement en grosse pluie. La visibilité est faible et, en outre, le parcours est un interminable toboggan. Aujourd’hui, je n’aurai pas un rayon de soleil, c’est écrit. Dommage, car la côte méritait certainement d’être vue. Du Cap Gris-Nez je ne vois rien et le Cap Blanc-Nez est encore plus noir. A me mettre sous les yeux je n’ai que les jeunes plants de betteraves. Je double un couple de marcheurs et leur bébé emmitouflé dans un sac à dos. Eux aussi courbent l’échine sous l’eau. Ils semblent accepter la pluie avec beaucoup de philosophie.
A Calais, les pieds trempés malgré mes protège-chaussures, je cherche refuge dans un café. J’ai du mal à me faire indiquer la bonne route pour me rendre à Dunkerque. Dans cette région ma carte au 200 000 ème s’avère insuffisante, car toutes les routes qui y sont indiquées sont des voies à grande circulation. Tant pis, je me lance dans celle qui paraît la plus petite sur la carte, la D119, après un bref arrêt devant le beau théâtre de Calais. Très vite je me trouve dans l’Enfer du Nord : des usines, des camions, des panneaux ‘Port Sud’, ‘Port Est’ et, toujours, la pluie et un vent qui a maintenant viré au nord et me gêne. Combien de fois n’ai-je pas vu le panneau ‘Dunkerque’ sans jamais savoir exactement où je me trouvais ?
J’ai l’impression de tourner indéfiniment. J’ai soudain l’heureuse surprise de tomber sur une piste cyclable annonçant ‘Veurne’. Est-ce possible ? Cette piste me promène en réalité dans tous les coins de Dunkerque et les personnes interrogées m’indiquent toujours la direction comme si Veurne était juste devant ! Au bout de je ne sais combien de kilomètres la piste m’abandonne à l’entrée de la N1 qui conduit à Veurne. Une pauvre route, en réalité, route à deux voies où camions et voitures se suivent à la queue leu leu. Sous la pluie, c’est inquiétant. A chaque dépassement par un camion je suis copieusement arrosé et ballotté par le déplacement d’air. Je roule à la limite du macadam et du bas-côté rendu boueux et je m’accroche énergiquement à mon guidon comme à une bouée de sauvetage. Au bout de 21 km de ce régime je suis épuisé... Que n’ai-je laissé Dunkerque et ce coin de Belgique hors de mon tour de France ?
Je passe en Belgique sans m’en apercevoir et l’arrivée à Veurne est comme l’entrée en paradis. La ville est jolie, en fête, et la pluie cesse. Malheureusement, il n’y a qu’un hôtel et plus de chambres libres. Je dois donc parcourir encore 8 km pour trouver enfin un logis à De Panne, sur le bord de la mer. Enfin au sec ! Je me rends compte que, aujourd’hui encore, j’ai parcouru une vingtaine de km de plus que prévu. Avais-je mal calculé mes distances ? J’avais surtout mal évalué la traversée des villes et les détours nécessaires pour rattraper mes voies de passage.
J’ai atteint ce soir le toit de mon parcours et il ne me reste plus maintenant qu’à redescendre la carte. Tout devrait être tellement plus facile. J’oublie très vite les épreuves de la journée, regrettant seulement de n’avoir pu profiter comme je l’aurais voulu de la beauté de la côte boulonnaise.
L’Union Cyclotourisme
Messages
1. Tout autour de la France à bicyclette (7), 18 juillet, 10:52, par Luc Passera
Encore merci Jean pour ce texte lu en ces jours de tristesse pour le club et les nombreux amis de Jacques.
Tu as le sens des formules. J’ai bien aimé celle-ci : "Le Touquet, c’est le 16ème à la plage".